Caractéristiques immuno-analytiques de la ciclosporine

Caractéristiques immuno-analytiques de la ciclosporine

Immuno-analyse et biologie spécialisée (2011) 26, 190—193 PROFILS IMMUNO-ANALYTIQUES EN BIOLOGIE MÉDICALE Caractéristiques immuno-analytiques de la ...

326KB Sizes 0 Downloads 7 Views

Immuno-analyse et biologie spécialisée (2011) 26, 190—193

PROFILS IMMUNO-ANALYTIQUES EN BIOLOGIE MÉDICALE

Caractéristiques immuno-analytiques de la ciclosporine Immuno-analytical characteristics of cyclosporin P. Corteel 22, rue du Champ-Lagarde, 78000 Versailles, France Rec ¸u le 26 avril 2011 ; accepté le 11 mai 2011 Disponible sur Internet le 16 juillet 2011

KEYWORDS Ciclosporin; Ciclosporin immunoassay; Preanalytical conditions

MOTS CLÉS Ciclosporine ; Immunodosage de la ciclosporine ; Préanalytique

Summary After a presentation of the ciclosporin structure, this paper points out the interfering molecules. Then, optimal preanalytical conditions are defined and immunoassay technics reviewed. © 2011 Published by Elsevier Masson SAS.

Résumé L’article présente la structure de la ciclosporine en signalant les molécules susceptibles d’interférences dans les dosages. Les conditions préanalytiques optimales sont précisées ainsi que les différentes techniques d’immunodosage. © 2011 Publi´ e par Elsevier Masson SAS.

Analyte intact La ciclosporine [1] est un décapeptide cyclique, formé de dix acides aminés et d’un dérivé de la thréonine placé en 1 (Fig. 1). Grâce à l’étude de nombreux dérivés de la ciclosporine, nous savons que la portion active de la ciclosporine contient les résidus 10, 11, 1, 2 et 3 ; en conséquence, les résidus 4, 5, 6, 7, 8, et 9 sont sur la face opposée (Fig. 2). Elle est composée d’acides aminés dextrogyres. Sa masse moléculaire est 1202,61 daltons.

Adresse e-mail : [email protected] 0923-2532/$ – see front matter © 2011 Publi´ e par Elsevier Masson SAS. doi:10.1016/j.immbio.2011.05.001

Sa demi-vie est variable ; elle est en moyenne de 24 heures. L’épitope actif est formé des résidus 10, 11, 1,2 et 3. La ciclosporine est un métabolite extrait d’un champignon, Tolypocladium inflatum gams, doué de propriétés immunodépressives qui le fait utiliser dans les transplantations d’organes (reins, poumon, pancréas, peau, foie, moelle osseuse, cœur) et dans certaines maladies autoimmunes. L’action immunodépressive est liée à l’inhibition d’une protéine intracellulaire, la calcineurine, qui intervient dans la chaîne de la synthèse de l’interleukine 2 (IL-2) ; de ce fait, la ciclosporine inhibe la production de l’IL-2 des lymphocytes T2 [2].

Caractéristiques immuno-analytiques de la ciclosporine

Figure 1

Structure de la ciclosporine.

Son utilisation a considérablement amélioré le succès des transplantations. Toutefois, la zone thérapeutique est voisine de la zone toxique ; cette molécule ralentit la filtration glomérulaire et induit une hypertension ; on a une marge de manœuvre limitée. En plus des variations de sensibilité entre les différents transplantés, il y a des variations intra-individuelles importantes, ce qui oblige à un suivi thérapeutique pharmacologique (STP) qui se fait par la mesure de la concentration sanguine de ciclosporine [3].

Figure 2

191

Formes moléculaires proches de l’analyte La ciclosporine est métabolisée dans la paroi intestinale et au niveau hépatique par les cytochromes P 450 3A4 et 3A5 : plus de 30 métabolites sont formés ; on les désigne par des lettres et chiffres : A pour ciclosporine A, M pour métabolite et un numéro correspondant à l’acide aminé où s’est produit la transformation [1]. Les dérives AM9 et AM1, l’AN4 M (dérivé N déméthylé) représentent les métabolites principaux. Certains métabo-

Modèles moléculaires de la face active (a) et de la face inactive (b).

192 lites sont actifs. Le principal est l’AM1 avec une activité immunosuppressive correspondant à 10—20 % de celle de la ciclosporine, suivi de l’AM9 et de l’AM4 N [1,4,5]. La ciclosporine mère est la molécule majeure au niveau sanguin, et c’est elle qui est le facteur essentiel d’activité.

Données immuno-analytiques utiles Préanalytique Pour le STP, initialement la concentration résiduelle sanguine C 0 a été seule utilisée ; mais pour certains auteurs, ce paramètre est mal corrélé à l’aire sous la courbe (AUC des Anglo-Saxons ; ASC en franc ¸ais) et ne reflète pas la variabilité inter- et intra-individuelle. On a proposé un dosage au temps deux heures, soit C2. On utilise également l’aire sous la courbe, soit entre 0 et quatre heures (ASC 0—4), soit entre 0 et 12 heures (ASC 0 et 12), ce qui multiplie les prélèvements et le coût du suivi [3]. En fonction des protocoles utilisés, on fera des prises de sang aux temps 0, 2 h, 4 h, 12 h et plus si on choisit l’aire sous la courbe. En raison de sa liposolubilité, la ciclosporine est largement distribuée dans l’organisme. La distribution du produit entre les globules rouges, les protéines plasmatiques et l’eau plasmatique dépend de la concentration et de la température. Au niveau sanguin, on la retrouve à 41—58 % dans les érythrocytes, 4—9 % dans les lymphocytes, 12 % dans les granulocytes et 33—47 % dans le plasma. Dans cette dernière fraction, elle est liée à 90—98 % aux lipoprotéines. La séquestration importante à l’intérieur des érythrocytes serait due à leur contenu abondant en immunophilines [6] ; c’est pourquoi, le dosage se fera sur le sang total. Donc le prélèvement sanguin se fera obligatoirement sur EDTA, avec des tubes en verre sans séparateur. Les échantillons sont stables : • au moins quatre jours à température ambiante [7] ; • deux mois à 4 ◦ C ; • et une année à −20 ◦ C. Les cycles de congélation et décongélation sont déconseillés. D’ordinaire, on transporte les tubes en glacière. Les études sur prélèvements surchargés en triglycérides (1500 mg/dL), en bilirubine (40 mg/dL) ou en acide urique (20 mg/mL) montrent une bonne récupération.

Données spécifiques de l’immunodosage La technique initiale de dosage de référence a été l’HPLC avec barrette de diodes, qui est supplantée maintenant par la LC/MS/MS ; toutefois, la majeure partie des laboratoires utilise les techniques avec immunomarqueurs [8]. Cependant, l’évaluation d’une technique se fait toujours par comparaison à la technique de référence : la LC/MS/MS. Les techniques immunologiques utilisent toujours une réaction antigène-anticorps, avec différents marqueurs. Les immunomarqueurs déterminent les différentes techniques commerciales. On a :

P. Corteel • • • •

la FPIA, avec la fluorescence de polarisation ; le test CEDIA, ou Cloned Enzyme Immuno Assay ; l’EMIT, ou Enzyme Multiplied Immuno Assay ; l’ACMIA, ou Antibody Conjugated Magnetic Immuno Assay ; • la RIA ou Radio Immuno Assay avec l’iode 125. Ces différentes techniques utilisent des anticorps polyclonaux ou monoclonaux ; la supériorité de ces derniers est très nette ; cela se confirme par les résultats du contrôle de qualité international. Cependant, les anticorps monoclonaux croisent avec les métabolites de la molécule mère, ce qui surestime la concentration vraie de ciclosporine dans l’échantillon testé. Toutes ces techniques croisent avec les métabolites de la ciclosporine ; les principaux métabolites rencontrés dans le sang sont AM1, AM4 N et AM9. Toutes les techniques nécessitent un prétraitement pour assurer une lyse des hématies. Pour calibrer ces différentes techniques, on utilise une solution méthanolique de ciclosporine préparée à partir de la ciclosporine commerciale ; pour certaines études, les laboratoires Sandoz en fournissent. Les problèmes de spécificité entraînant des surestimations des concentrations vraies de ciclosporine avaient conduit à un consensus pour évaluer une technique immunologique lors de la réunion de consensus à Lake Louise, en 1995 [9] : • la précision doit être supérieure à 90 % à 50 ␮g/L et supérieure à 95 % à 300 ␮g/L ; • pour l’exactitude, la comparaison avec la méthode de référence doit donner une pente de 0,9—1,1 ; • l’ordonnée à l’origine doit être : −15 à +15 ␮g/L. De plus, la firme commerciale doit fournir les résultats de l’interférence possible avec les substances pharmaceutiques de la liste du document EP7-A2 du CLSI [10]. Tous les laboratoires qui pratiquent le dosage de la ciclosporine doivent participer à un contrôle de qualité externe. Le programme, connu sous le sigle CIPTS (Cyclosporin International Proficiency Testing Scheme), est très apprécié de la plupart des laboratoires franc ¸ais. Depuis 1998, l’association ASQUALAB est le relais en France [11].

Déclaration d’intérêts L’auteur déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références [1] Wenger RM. Structures of cyclosporine and its metabolites. Transpl Proceed 1990;22(3):1104—8. [2] Thervet E. Traitements Immunosuppresseurs : mécanismes d’action et utilisation clinique. EMC 18-065-F-10. [3] Royer B. Suivi thérapeutique de l’acide mycophénolique, du sirolimus et de la cyclosporine. Ann Biol Clin 2003;61(3):251—8. [4] Ansermot N. Suivi thérapeutique de la ciclosporine : approche analytique et pharmacogénétique, thèse no 3912, hôpitaux universitaires de Genève, 2007.

Caractéristiques immuno-analytiques de la ciclosporine [5] Sewing CF. Biological activity of cyclosporine metabolites. Transpl Proceed 1990;22(3):1129—34. [6] Dunn CJ, et al. Cyclosporin: an updated review of the pharmacokinetic properties, clinical efficiencies in organ transplantation. Drugs 2001;61:1957—2016. [7] Kirchner GI. Simultaneous on-line extraction in the analysis of sirolimus and ciclosporin by LC-electrospray MS. J Chromatogr B 1999;721:285—94. [8] Schütz E. Whole blood immunoassays — a critical overview of performance characteristics and comparison wih HPLC. Clin Chem 1998;44(10):2158—64.

193 [9] Oelerich M. Lake Louise Consensus Conference on cyclosporin monitoring in organ transplantation. Drug Monit 1995;17:642—54. [10] Mc Enroe RJ et al. Interference testing in clinical chemistry. Approved guideline - second edition CLSI document EP7-A2 25(27):1—105. [11] Marquet P. Programme de contrôle externe de qualité des dosages de ciclosporine : synthèse et analyse des résultats des laboratoires franc ¸ais. Ann Biol Clin 1999;57(3): 360—3.