Analyse experimentale de l'absorption d'eau dans l'œuf de Scapsipedus marginatus (Orthoptere, Gryllide)

Analyse experimentale de l'absorption d'eau dans l'œuf de Scapsipedus marginatus (Orthoptere, Gryllide)

J. InsectPhysiol.,1971,Vol. 17,pp. 1533to 1553.Perganwn Press. Printed in Great Britain ANALYSE EXPERIMENTALE DE L’ABSORPTION D’EAU DANS L’CEUF DE S...

1MB Sizes 0 Downloads 4 Views

Recommend Documents

Analyse de l’équilibre sagittal du rachis dans les spondylolisthésis dégénératifs
Les objectifs de ce travail ont été de déterminer les paramètres caractérisant la statique rachidienne dans le plan sagi

Etude experimentale de la filtration biologique immergee
The results of submerged biological filtration results in deep beds have been examined.

Analyse de 379 prescriptions médicamenteuses téléphoniques dans un Centre 15
La prescription de médicaments par téléphone (PMT) au Centre 15 de Besançon est une réalité, mais n’a jamais été étudiée

Etude experimentale de l'echauffement aerodynamique de cylindres circulaires en attaque oblique dans un ecoulement supersonique
On a déterminé, sur des cylinders en attaque oblique placés dans un écoulement supersonique (M∞ = 2,42), les répartition

Etude experimentale des spectres de phonons, induits par des impuretés moléculaires dans des solides d'argon et de krypton
The spectra of solid argon and krypton doped with various impurities have been studied between 16 and 250 cm−1 at path l

Érythropoïétine humaine recombinante : analyse d’une politique de prescription dans une population hospitalière de nouveau-nés de faible poids de naissance
Buts de l’étude. – Évaluation d’une politique de prescription de l’érythropoïétine (EPO) et description des nouveau-nés

Analyse rétrospective des effets indésirables de l’infliximab dans un service hospitalier de rhumatologie
L’infliximab (Rémicade®) est un anticorps monoclonal chimérique dirigé contre le TNFα (tumour necrosis factor-α) indiqué

J. InsectPhysiol.,1971,Vol. 17,pp. 1533to 1553.Perganwn

Press. Printed in Great Britain

ANALYSE EXPERIMENTALE DE L’ABSORPTION D’EAU DANS L’CEUF DE SCAPSIPEDUS MARGINATUS (ORTHOPTERE, GRYLLIDE) PIERRE

GRELLET

FacultC des Sciences de Paris, Laboratoire de Biologic animale C, 12, rue Cuvier, Paris S&me, France (Received 19 March 1970; revised 9 November 1970) Abstract-The absorption of water by the eggs of Scapsipedus marginatus has been studied with different techniques: (1) rearing in oil with contact with water at different times; (2) ligation, excision, and cautery; and (3) rearing in hypertonic solutions of sodium chloride and sugars. The egg must absorb water in order to complete its development. The embryo appears and develops to the end of anatrepsis without water and embryogenesis will resume if water becomes available until the twenty-fifth day. Absorption occurs without the embryo and depends only on the serosa and yolk cleavage. Water is absorbed over the entire surface of the shell, and the posterior end of the egg is more permeable. The active nature of the process whereby water enters the egg is underlined by the fact that water can be absorbed from hypertonic solutions. The results lead to a tentative explanation of the mechanism of water uptake in the eggs of crickets. INTRODUCTION

LES ~XUFSde certains insectes absorbent de I’eau au tours de leur dkveloppement (WIGGLESWORTH,1965; BROWNING, 1967). La phase d’absorption peut Ctre suivie d’une perte d’eau qui est parfois rCabsorbCe. L’absorption parait souvent 1iCe au stade de dkveloppement atteint par l’embryon. Le passage de l’eau s’effectue au travers de l’ensemble de l’enveloppe de l’aeuf, sauf peut-&re chez certains acridiens oh un hydropyle a pu &re mis en Cvidence (SLIFER, 1938). Le mkcanisme de l’entrbe d’eau n’est pas actuellement bien compris. Pour MCFARLANEet KENNARD(1960) il s’agirait d’un phknomttne purement osmotique, ce qui ne permet guke d’expliquer l’absorption et la perte d’eau contre un gradient de concentration (LAUGHLIN, 1957). L’aeuf de Scapsipedus marginatus absorbe de l’eau au tours des premiers jours d’incubation (GRELLET, 1966, 1971). Une premikre sCrie d’expdriences a montrk que l’enveloppe de l’euf de cette espke est permeable tout au long du dkveloppement et que le mkcanisme de l’absorption devait &tre recherchk dans le comportement du systbme vitellus-endoplasme, de la s&reuse et de l’embryon (GRELLET, 1971). L’absorption d’eau chez cette espkce a CtC Ctudike par une sCrie d’expkriences qui en &v&lent les modalit& tout en Ctablissant un rapport avec le dtveloppement 1533

1534

PIERRE

GRELLET

embryonnaire et les changements de structure se manifestant explication g&&-ale de son mecanisme est proposee.

MATl?RIELS

dans l’aeuf.

Une

ET MBTHODES

Incubation dam l’huile et l’eau Des mufs sont incubes a 30°C dans des salieres remplies d’huile de paraffine et mis au contact de l’eau de differentes facons. Le passage huile-eau s’effectue aprb une elimination de l’huile sur papier filtre suivie d’un bain dans de l’eau addition&e de detergent (Teepol a 5%) ce qui rend le chorion immediatement mouillable. Le passage eau-huile se fait par stchage des mufs sur papier filtre de facon a ne laisser subsister aucun film d’eau a leur surface au moment de l’immersion dans l’huile. Des aeufs temoins sont incubes dans l’eau B la meme temperature. Dans toutes ces experiences, le developpement des aeufs est suivi a la loupe. Parmi les aeufs n’evoluant pas, lorsque l’arr&t du developpement se produit au stade oh l’embryon est situ6 au sein du vitellus, il est mis en evidence apres immersion de l’czuf dans le Carnoy. Lorsqu’aucun embryon n’est forme, les aeufs sont fixes dans le Carnoy ou le PCtrunkCvitch et exploit& histologiquement. Ligatures Des mufs sont ligatures d&s la ponte a l’aide d’un fil (fibre synthetique) a differents niveaux estimes en pourcentage de la longueur de l’aeuf a partir du pole posterieur. Le developpement dans l’eau a 30°C des deux parties de l’oeuf ainsi &pa&es est suivi a la loupe. Leur diametre respectif est mesure chaque jour: ses variations expriment l’absorption d’eau.

R&XJLTATS

Modalitt!s de l’absorption (a) Incubation dam l’eau. L’aeuf de S. marginatus absorbe 0,412 mg d’eau entre le 2e et le 4e jour d’incubation dans l’eau a 30°C (GRELLET, 1971) et son diametre presente une augmentation de 50 pour cent. Apres un plateau, entre la 132e et la 138e heure d’incubation on observe une perte de 0,045 a 0,090 mg d’eau, laquelle est compensee par une nouvelle absorption entre la 150e et la 174e heure. Aucune variation n’est plus alors enregistree jusqu’a l’eclosion. (b) G!?ufs pondus et incube’s dans l’huile. Apres 30 jours et plus, a 3O”C, on ne constate aucune Cclosion. Les ccufs ont conserve leur taille initiale ainsi que leur poids a la ponte, ils n’ont done subi aucune dessiccation. Aprts 48 h, la majorite des ceufs presente une bandelette embryonnaire situ&e dans le vitellus du c&C dorsal. Le pourcentage d’mufs non embryonnes (10 a 15 pour cent) est du m&me ordre que chez les temoins et correspond probablement a des mufs non fecondb. Tous les ceufs embryonnes s’arr&tent au m&me stade de developpement: debut de la phase diapause de WHEELER(1893). La bandelette

L’ABSORPTION

D’EAU DANS L’OKJF DE SCAPSIPEDUS

MARGINATUS

1535

embryonnaire cesse sa segmentation de facon precoce, les Cbauches d’appendices sont a peine decelables. Deux faits ressortent de ces constatations: le developpement complet de I’ceuf est impossible sans eau, la premiere partie du developpement, de la ponte au debut du stade diapause, ne depend pas de l’absorption. Au tours de l’incubation dans l’huile apparaissent les modifications structurales suivantes : 36 h: phase anatrepsis de la blastocinbe et debut de la ‘segmentation’ du vitellus (decoupage en segments polyedriques du systeme vitellus-endoplasme), 48 h: jeune bandelette embryonnaire, segmentation complete du vitellus, 4 jours: depot de l’exocuticule serosale, 7 jours : la segmentation vitelline s’estompe par suite de la resolution de chacun des polyedres en ilots de granules, 15 jours : le vitellus a un aspect finement granuleux, entre le 26e et le 35e jour, le vitellus perd ses granulations, prend un aspect homogene, se liquefie. La bandelette embryonnaire Ctroite est alors bien visible au milieu du vitellus transparent.

La phase anatrepsis de la blastocinbe se deroule normalement. Elle est synchrone de celle des ceufs temoins pour lesquels I’absorption debute precisement a ce stade, les deux phenomenes ne sont pas lies. La segmentation du vitellus se realise entierement. Les deux modifications les plus marquantes du debut de l’embryogenese sont sans rapport avec le changement d’hydratation qui normalement les accompagne. Par contre, le moment oti la segmentation vitelline s’estompe par suite du changement de structure du vitellus, est retard4 par rapport aux temoins. 11 se situe le 7e jour soit avec 3 jours de retard. Le depot de la cuticule serosale commence sans absorption d’eau. L’observation microscopique montre qu’elle ne comporte que I’exocuticule (GRELLET, 1971). Si le depot de cette assise n’est pas declanche par l’entree d’eau, la secretion de l’endocuticule serosale par contre semble like a l’hydratation de l’ozuf. (c) Qhfspondus et incub& duns l’huile, puis mis duns l’eau. Si l’on compare les differents developpements obtenus dans l’eau aprb un certain temps dans l’huile resumes dans le diagramme de la Fig. 1, on constate les faits suivants : les aeufs pondus et incubes dans l’huile peuvent poursuivre leur developpement jusqu’a l’eclosion s’ils sont mis au contact de l’eau avant le 26e jour. Passe de delai, I’aeuf n’evolue plus. La bandelette embryonnaire garde done ses possibilites de dheloppement durant 25 jours. La transformation granuleuse du vitellus n’emp&che pas l’absorption d’eau bien que chez les temoins celle-ci n’ait lieu qu’une fois l’absorption terminee. Les ceufs devenus incapables de s’hydrater sont ceux qui ont atteint le stade oh le vitellus se liquefie. Les ceufs ayant sejourne entre 0 et 4 jours dans l’huile puis transfer& dans I’eau eclosent en m&me temps que les temoins. Or, chez ces derniers, l’absorption d’eau

1536

PIERRE

GRRLLET

est terminee le 4e jour. Au tours de leur sejour dans l’eau, ces ceufs prealablement incubes dans l’huile sont done capables de rattraper leur retard. Apres 77 a 96 h dans l’huile, la phase catatrepsis de la blastocinbe et l’achevement de la fermeture dorsale sont retard& par rapport aux temoins. L’apparition des soies a lieu en m&me temps dans les deux lots. C’est done au tours de l’avantderniere phase du developpement embryonnaire que le retard est rattrape.

ddveloppement i 3O'% en jourr

FIG. 1. Developpement de l’czuf incube dans l’huile, puis dans l’eau. Chaque trait horizontal represente le developpement de l’ceuf incube tout d’abord dans l’huile (partie grisee du diagramme), puis dans l’eau (par-tie Claire). Les &tapes principales du developpement, notees pour chaque type d’experience, sont reliees par des lignes qui montrent l’effet du sejour dans l’huile sur le duree relative des differentes phases de l’embryogenese.

Jusqu’a la 77e heure dans l’huile, toutes les phases du developpement sont Par consequent, la premiere partie de celui-ci synchrones par rapport aux temoins. est independante de la prise d’eau. L’absorption qui normalement s’effectue en 48 h est tout d’abord realisee de plus en plus rapidement a mesure que le temps passe dans l’huile augmente : elle ne necessite plus que 28 h aprb 5 a 10 jours dans l’huile. Puis elle s’effectue de nouveau en 48 h aprbs 12 a 23 jours dans l’huile et en 72 h aprts 25 jours dans l’huile. L’absorption d’eau apparait alors comme un processus qui, normalement, se met en route lentement et qui, s’il ne peut se produire, garde ses possibilites de fonctionnement pendant 25 jours. EmpCchC de se produire, au tours des 10 premiers

L’ABSORPTION

D’EAU

DANS L’CEUF DE SCAPSIPEDUS

1537

MARGINATUS

jours, il peut encore se declancher et s’effectue alors plus vite que normalement, comme s’il Ctait capable de fonctionner d’emblee avec une vitesse maximale. Ceci est particulibrement net pour les aeufs mis jusque 77 h dans l’huile et qui se developpent comme les temoins, alors que ceux-ci, durant cette periode, ont absorb& 0,32 mg d’eau, soit 76 pour cent de la quantite normale. Pour tous les ozufs de cette experience, lorsque l’absorption est terminee, la cuticule serosale atteint une Cpaisseur normale : l’endocuticule serosale est deposee. Comme on l’avait prectdemment suggere, sa secretion est bien conditionnee par l’hydratation de l’ozuf. La repercussion du temps passe dans l’huile (superieur a 96 h) sur la duree relative des autres phases du developpement est peu importante (Fig. 1). (d) CEufs incubks dam l’eau, puis mis dans l’huile. Des czufs pondus dans du coton humide et incubes dans de l’eau a 30°C sont, aprts une certaine periode, places dans l’huile a la m&me temperature. Leur evolution est represent&e dans la Fig. 2. ,HU

LE

.

\\

7

writ

3

10

du d;v.lopp.ment

Ia

ID 20 dCveloppement

30 b 30°C en jours

FIG. 2. DCveloppement de I’oeuf incube dans l’eau, puis dans I’huile. Chaque trait horizontal reprksente le dkveloppement de l’oeuf incub un certain temps dans l’eau (partie gauche du diagramme), puis dans l’huile (partie droite).

Les oeufs incubes dans l’eau pendant des durees comprises entre 0 et 66 h ne depassent jamais le stade diapause. Aprb 69 a 72 h dans l’eau, 10 a 15 pour cent des embryons effectuent leur sortie des annexes et peuvent atteindre le stade ‘embryon a soies’. A partir de 72 h dans l’eau, on observe des Cclosions mais leur pourcentage est faible (10 pour cent). A partir de 96 h dans l’eau, le nombre d’eclosions est normal (85 a 90 pour cent).

1538

PIERRE

GRRLLET

Si l’on trace les courbes representant

la variation de la teneur en eau des aeufs d’eclosions en fonction de la duke d’incubation (Fig. 3) on voit que le minimum d’eau absorbee permettant les premieres Cclosions (10 pour cent) est Cgal a 0,26 mg, ce qui represente 61,9 pour cent de la quantite totale normalement absorb&e et correspond a une absorption de 72 h. A 69 h, au moment oti les premiers embryons effectuent leur sortie des annexes, l’muf a absorb& 0,22 mg d’eau, soit 52 pour cent de la quantite nor-male. (GRELLET, 1971) et la variation du pourcentage

FIG. 3. Rapport entre la quantitk d’eau absorb&e et le pourcentage d’klosions des aeufs incubts dam l’eau, puis l’huile.

11 apparait alors deux seuils d’hydratation: l’absorption de 0,26 mg d’eau permet les premieres Cclosions, le taux d’eclosions normal n’est atteint qu’avec 0,42 mg. La reduction de la quantite d’eau normalement absorbee par l’aeuf, entre 0,42 et 0,26 mg se traduit par une reduction correlative du pourcentage d’eclosions. Dans la periode d’absorption d’eau qui s’etend du 2e au 4e jour, ces experiences montrent que l’absorption indispensable a tout developpement complet a lieu entre 69 et 96 h. Pour des sejours dans l’eau superieurs a 96 h, tous les ceufs fkcondb se developpent. La duke relative des differentes phases de l’embryogenese est a peine changee par le sejour dans l’huile. Leur duree totale est legerement allongee, probablement en raison d’une certaine anaerobiose. (e) 03ufs incubb dam l’huile, l’eau, puis l’huile. Afin de preciser la duree minimale de contact avec l’eau necessaire au developpement, des aeufs sont d’abord incubes

L’ABSORPTION

D’EAU

DANS

L’(FUF

DE

SCAPSPEDUS

1539

MARGINATUS

dans l’huile. Aprks une periode variable, ils sent mis un certain temps au contact de l’eau et a nouveau transfer& dans l’huile. La comparaison des developpements d’ceufs mis dans l’eau aprb 3, 7, et 14 jours dans l’huile, donne les indications rbumees dans le diagramme de la Fig. 4. Aprb 3 jours dans l’huile, I’ceuf se developpe s’il est mis au moins 36 h au contact de l’eau. Apres 7 jours dans l’huile, 28 h suffisent. Apres 14 jours dans l’huile, la duree minimale de contact avec l’eau s’allonge et passe B 48 h. Ces resultats confirment ceux de l’exnerience huile-eau en ce qui concerne la Aprb un certain’temps dans l’huile, l’ceif est capable duke d’absorption. d’absorber l’eau plus rapidement, puis cette vitesse diminue.

,

; , f

52 .48

iclos rrrit

f46

Toies

130

H

528

s

~24

P

218

arrst post

writ

2’12 -I

post

0

Catatrepsis

anatrepsis

6

t tclcs

arret post anatrepsis

1 :anatrepsis 2 tport catatrepsis artin

de

I’enrobement du vitellus arrit

post

I:soies

anatrepsis

s:iclosion

5

10

15

20

25

30

jourr

35

2130X

FIG. 4. Comparaison des dCve1oppement.s d’oeufs incub& dans l’huile dks la ponte, durant 3 jours (A), 7 jours (B) et 14 jours (C), mis ensuite au contact de l’eau durant une pkriode croissante, puis replaces dans l’huile.

Pour les durees minimales d’incubation dans l’eau ainsi mises en evidence, plus de 50 pour cent des aeufs presentent une absorption maximale et eclosent. Pour les durees legerement inferieures, on obtient quelques Cclosions sans que l’absorption maximale soit atteinte. Par exemple, apres 7 jours dans l’huile, si les czufs ne sont

1540

PIERRE GRRLLET

laisses que 24 h dans l’eau, ceux qui sont embryonnes quatre categories suivantes.

I II III IV

se repartissent

%

Poids de Yoxlf (mg)

Poids d’eau (mg)

Eau absorbbe (mg)

Iklosions par catCgorie (%)

12,8 64 15,7 7s

0,38 0,46 0,64 0,71

0,17 0,25 0,43 0,50

0 0,08 0,26 0,33

0 0 10 30

dans les

La teneur en eau et le pourcentage d’eclosions des deux dernieres categories d’ceufs coincident avec les don&es de l’experience eau-huile, relatives a l’evolution des oeufs n’ayant pas absorb6 le maximum d’eau au moment ou ils sont transfer& dans l’huile. Cet exemple illustre Cgalement la diminution de la duree de la periode d’absorption. La quantite d’eau absorb&e par les deux demiers lots d’mufs exige dans les lots temoins 72 et 79 h. (f) Possibilitb de dtkeloppemnt des ceufs bloqub. Lorsque l’aeuf est au contact de I’eau durant une periode trop courte pour lui permettre d’atteindre le premier seuil d’hydratation, l’embryogtnbe s’arr&te au stade diapause. Certains aeufs presentent alors des anomalies. La segmentation, l’organisation de I’embryon et sa cloture dorsale s’effectuent a l’indrieur du vitellus. L’aeil peut m&me se pigmenter. La phase catatrepsis ne se produisant pas, de tels embryons n’eclosent jamais. 11s ont absorb6 une quantite d’eau suffisante pour que le developpement se poursuive un certain temps, insuffisante pour que l’embryon, bien que vivant, effectue sa sortie des annexes. Les mufs contenant un embryon ayant subi une evolution normale mais arr&tC dans son developpement, soit au stade diapause lorsqu’ils n’ont pas CtCau contact de l’eau ou qu’ils ont absorb& moins de 0,22 mg, soit au stade post-catatrepsis lorsqu’ils ont absorb6 entre 0,22 et 0,26 mg d’eau, sont capables de completer leur hydratation et de poursuivre leur developpement. Les aeufs ayant absorb6 jusqu’a 0,13 mg d’eau doivent &re hydrates avant le 26e jour comme ceux qui n’ont pas commence l’absorption. Les ceufs ayant absorb6 de 0,13 a 0,22 mg d’eau sont legerement plus resistants et la limite d’hydratation peut &tre reculee a 35 jours. Les pourcentages d’eclosions decroissent alors rapidement jusque 10 pour cent. Une certaine hydratation initiale prolonge le pouvoir d’absorption de l’aeuf et la survie de l’embryon. A partir de ces resultats, une derniere experience a CtC realisee. Des ceufs pondus et incubes dans l’huile sont mis plusieurs fois durant 24 h au contact de l’eau. Aprb un certain temps, les ozufs atteignent leur hydratation maximale et vont jusqu’a 1’Cclosion. La encore, si l’hydratation maximale n’est pas atteinte le 2Se jour aprits la ponte, le pourcentage d’eclosions diminue considerablement.

L’ARSORPTION

D’EAU

DANS

L’WJF

DB

SCAPSIPEDUS

1541

MARGINATUS

L’eau peut done &re fournie 21l’ceuf par petites doses. Tous les ceufs n’ayant pas absorb6 dans les delais definis ci-dessus finissent par s’hydrater, s’ils sont 1aissCs au contact de l’eau, apres un delai du m&me ordre que celui qui caracterise les oxfs non McondCs. Mais cette hydratation n’est plus un phtnomtne biologique, elle n’est plus controlee par l’aeuf qui, dans la plupart des cas, &late. Pouvoir d’absorption de

l’wuf

Aprb avoir CtudiC les modalitb de l’absorption d’eau, la force du pouvoir d’absorption a Cd estimee en incubant Ies oeufs dans des solutions hypertoniques. (a) G%fs incubb duns des solutions de NaCZ. Des ceufs sont places d&s la ponte dans des solutions de NaCl de concentrations croissantes de 100 en 100 m-osmoles, de 0 a 1,s osmoles. Le pourcentage des oxfs absorbant de l’eau est estime aprb 3, 4, 6, et 10 jours d’incubation a 30°C dans chacune des solutions (Fig. 5). La ,oo%

_ % dsr aufs absorb&

0,l

de

0‘2

ayant i’eau

0.3

44

0,s

0,6

0.7

0,8

0,9

1,0

1,l

1,2

osmoles FIG.

5.

Pourcentage des ceufs absorbant de I’eau apr&s 3,4, 6 et 10 jours dans des solutions de NaCl, en fonction de l’osmolalitC de la solution.

teneur en eau des ceufs est &al&e par peste aprtts 3 et 10 jours des lots d’oeufs. La variation de leur diametre donne une estimation de l’absorption par ceuf (Fig. 6). Le pourcentage des ceufs absorbant de I’eau diminue avec l’accroissement de la concentration saline a partir de 300 m-osmoles, il s’annule pour 1,l osmole (Fig. 5). L’analyse du phenomene montre que cette diminution du pourcentage mesuree

1542

PIERRE GRELLET

aprks 3, 4, 6, et 10 jours traduit un retard A l’absorption qui est fonction de la concentration. L’estimation du poids moyen des aeufs montre une diminution de la quantitC d’eau absorbCe (Fig. 6) Cgalement fonction de la concentration saline. Les pesies effect&es le 10; j&r’mAtrent que la quantitk d’eau absorb&e par aeuf baisse nettement au-dessus de 300 m-osmoles. OS0 + 3 jours

glucose

@

+3jourr

NaCl

@=

+ 1Ojours + 1Ojours

glucose

.“u P

et saccharosa

k p” 0

et saccharose

040

3 0 0

NaCl

‘Gl

6

P 0130

.0,20

.O,lO

0,l

92

0,3

44

W

46

97

9g

039

1P

1,1 osmoses

,

FIG. 6. Absorption d’eau par l’ceuf incube dans des solutions de glucose saccharose et NaCl, en fonction de la concentration exprimee en osmoles. Pour les ceufs ayant sejourne 10 jours dans les solutions de NaCl (courbe D), le trait vertical report& sur la courbe indique la variation de l’absorption estimee par mesure du diametre de l’muf et traduction en mg d’eau. Les chiffres port& au-dessus de chaque trait indiquent, pour le premier, le pourcentage d’oeufs ayant absorb6 de l’eau, pour le second, le pourcentage d’oeufs 21 developpement complet.

La comparaison des pourcentages d’aeufs embryonnb, absorbant de l’eau et A embryon effectuant tout le dheloppement, en fonction de la concentration saline (Fig. 7) fait ressortir les faits suivants: tous les czufs embryonnks n’absorbent pas d’eau, tous les aeufs absorbant de l’eau ne forment pas un embryon A dheloppement complet.

L’ABSORPTION D’EAU DANS L’CEUP DE SCAPSIPEDUS

1543

MARGINATUS

Ce comportement des aeufs permet done de distinguer trois phenomenes inegalement sensibles a l’hypertonicid du milieu d’incubation: (1) organisation de l’aeuf avec apparition de l’ecusson embryonnaire et de la segmentation vitelline: (2) absorption d’eau; (3) developpement ulterieur de I’embryon. Des aeufs 100% -

NaCl

0.1

0,2

0.3

0,4

0,s

0,6

0,7

0,s

0,9

FIG. 7. Variations du pourcentage des ceufs embryormks (I),

1,o

1,l I,2 osmolcs

absorbant

de l’eau

(2),et g dkveloppement complet (3),aprks 10 jours d’incubation dans des solutions de NaCl,

en fonction de I’osmolalid

de celles-ci.

embryonnes sont incapables d’absorber de l’eau et leur developpement est alors bloque comme dans les experiences avec l’huile. Des ceufs ayant absorb6 de l’eau ont leur developpement arr&tC: dans ce cas la quantite absorb&e est insuffisante pour permettre la poursuite de I’embryogenbe. Les variations de l’hydratation des aeufs estimees par les mesures de diametre et repartees sur la courbe de la Fig. 6 montrent que lorsqu’un developpement complet de l’embryon est obtenu, un certain pourcentage d’aeufs ont absorb& au moins 0,22 mg d’eau comme dans les experiences eau-huile precedentes. Le developpement complet peut &tre obtenu, dans une solution de NaCl, jusqu’a une valeur de 1,0 osmole, permettant settlement Ie developpement de 2 pour cent des ceufs testes. A partir de 350 m-osmoles, des modifications de la structure de I’ceuf apparaissent avec un pourcentage croissant en fonction de la concentration du milieu. Tout d’abord le vitellus et la membrane vitelline qui

1544

PIERRJS GRELLJST

devient alors visible, se dkcollent du p61e postkieur de l’aeuf (de 350 g 500 mosmoles), puis apparait une r&traction du vitellus au p61e antkrieur de l’aeuf (de 500 A700 m-osmoles). A partir de 700 m-osmoles g ces deux dCcollements s’ajoute un dCcollement la&al. Ces dkollements, leur localisation et la faGon dont ils apparaissent B mesure que croit la concentration du milieu sont une indication quant g la permCabilitC diffkentielle des diffkentes zones de l’enveloppe de l’aeuf: le p81e poskieur est touch6 le premier, puis le pale antkrieur avant les c&&s (GRELLET, 1971). Les aeufs prksentant ces dkollements, B part quelques exceptions, ne se dCveloppent pas. (b) CEufs incube? dam des solutions de glucose et de saccharose. Avec ces deux sucres et pour les m&mes concentrations, nous trouvons des rksultats analogues g ceux obtenus avec NaCl. Le comportement des ceufs est identique jusque 300 m-osmoles. A partir de cette valeur, le pourcentage d’aeufs embryonnb, ayant absorb6 de l’eau et donnant un embryon complet, diminue avec la concentration. La baisse du pourcentage est plus rapide qu’avec NaCl (Fig. 8). 100%

GLUCOSE SACCHAROSE

0,l

42

0,3 osmoler

FIG. 8. Variations du pourcentage des ceufs embryonnks (l), absorbant de l’eau (2), et A dkveloppement complet (3), apres 10 jours d’incubation dans des solutions de glucose et de saccharose de concentrations croissantes.

L’estimation du poids des oeufs aprks 3 et 10 jours dans les solutions de sucres confirme les indications prCcCdentes. LA encore la diminution est nette au-dessus

L’ABSORPTION

D’EAU

DANS

L’OBJF

DE

SCAPSZPEDUS

MARGINATUS

1545

de 300 m-osmoles. A partir de 800 m-osmoles l’eau n’est plus absorb&e, au delh de 650 m-osmoles aucun developpement complet d’embryon n’est plus obtenu. (c) Comparaison de l’effet des [email protected] solutions. L’action de la pression osmotique du milieu d’incubation est plus efficace avec les solutions de glucose et de saccharose qu’avec celles de NaCI. Les deux solutions isosmotiques ne sont pas isotoniques vis a vis de leur action sur l’muf. Ce fait doit &tre mis en rapport avec la penetration du chlorure de sodium au travers du chorion (GRELLET, 1971) qui tree un gradient de concentration. Les mesures de la pression osmotique de l’ceuf a la ponte et au moment oti commence l’absorption d’eau donnent des valeurs Cgales a 330 m-osmoles (GRELLET, 1966). Les resultats precedents concordent avec cette don&e: le pourcentage de developpement commence a diminuer nettement en milieu NaCl, glucose et saccharose au-dessus de cette concentration, c’est-a-dire, au moment ou les solutions deviennent hypertoniques par rapport a l’muf. Bien qu’avec un pourcentage de plus en plus faible, le developpement complet est obtenu pour des concentrations osmotiques bien superieures. L’ceuf absorbant de l’eau suffisamment pour permettre son developpement normal dans un milieu tres hypertonique, l’absorption n’apparait pas comme un phenomtne purement osmotique. Zone d’absorption et extension de Z’hydratation

Chez les acridiens, SLIFER (1938) a mis en evidence une zone d’absorption au pole postcrieur de l’ceuf. Diffkrentes experiences de ligature, bralure et section ont permis de localiser dans l’muf de S. marginatus les secteurs absorbant l’eau et de relier absorption et dtveloppement embryonnaire. Ligatures Injluence sur le dheloppement. Le developpement des deux parties de I’aeuf &pa&es par la ligature est resume dans la Fig. 9. Le noyau de ftkondation se situe entre 47 et 49 pour cent de la longueur de I’ceuf. Dans la partie ou il se trouve et ou il se divise, la &reuse se forme, le vitellus se segmente, la cuticule serosale est dtposee. Un embryon complet n’apparait que si l’integrite d’une zone comprise entre 12 et 65 pour cent de la longueur de I’aeuf est respect&e. Cette zone contient done un centre dont la presence est indispensable au developpement de l’embryon. L’evolution de la &reuse et du vitellus ne sont, par contre, pas sous sa dtpendance. Si cette zone est reduite des niveaux 12 a 15 pour cent posterieurement et 49 a 64 pour cent anterieurement, le developpement de l’embryon est perturb& Pour une reduction plus importante, l’embryon n’apparait pas (GRELLET, 1969~). In&ewe SW l’absorption d’eau. La Fig. 10 montre que le pourcentage d’augmentation de diametre, pris comme indice de l’absorption d’eau, est en gros proportionnel a la longueur de la partie de l’muf consider&e. L’absorption la plus importante correspond B un developpement embryonnaire complet.

1546

PIERRE bvolution

d’oeufs

ligaturis

de

moinr

2 h npris

la ponte

47 %

16%

13-15 %

GRELLET

nivaaux

FIG. 9. Evolution

variatiol du diam de

I’ceuf

de

cornparke d’oeufs 1igaturCs moins de 2 h aprks la ponte en fonction du niveau de ligature.

ns

et1

50%.

vitellus segment6 + s&reuse

vitellus insegment*

25%

parties anucl&Ces

pBle

antbrieur

10

20

30

40

50

60

70

a0 niveau

90 de

100% ligature

FIG. 10. Absorption d’eau estimke par la variation du diamktre dans les deux parties de l’ceuf (A = partie antkrieure, B = partie postkrieure) sCparCes par la ligature, en fonction du niveau de celle-ci.

ligature

L’ABSORPTION

D’EAU

DANS L’CEUP DE SCAPSIPEDVS

MARGINATVS

1547

Le passage d’une partie a vitellus segment6 et r&reuse, A une partie sans noyau et sans organisation du vitellus est marque par une brusque variation. Les Figs. 11 et 12 representent l’evolution du pourcentage d’augmentation du diametre en fonction du temps. Elles montrent que: (1) Dans la par-tie de I’oeuf qui contient le noyau, l’absorption commence le 2e jour et augmente progressivement jusqu’a un maximum atteint le Se jour. Son deroulement varie avec le degre de developpement atteint. voriotions diambtre

I

PARTI

du

E

ANTERIEURE

nivaou de ligature

de I’auf

25%

1 FIG.

2

3

4

5

jours

& 30-C

11. Absorption d’eau estimke par la variation du diamktre de la partie anterieure de l’oeuf, en fonction de la duke d’incubation a 30°C.

Lorsqu’une partie de l’ceuf ligature contient un embryon a developpement complet, son absorption d’eau est plus lente et moins importante que chez les temoins. Ceci s’explique par la perturbation apportee par la ligature : surpression dans le vitellus, augmentation du rapport volume de l’embryon/volume du vitellus. Four un embryon ayant la m&me taille que dans les mufs temoins, le volume de vitellus est moins important. (2) Dans la partie de l’ozrf qui ne contient pas le noyau et ne presente ni &reuse ni segmentation vitelline, l’absorption d’eau se produit brutalement du 4e au 5e jour. L’evolution de cette partie n’est pas determinee par l’absorption d’eau dans le reste de l’ceuf. On peut l’expliquer par un effet de la surpression causee par la ligature. Cette mCme surpression emp&cherait toute entree d’eau au-de18 des niveaux de ligature 18 et 88 pour cent (GRELLET, 1969~). L’absorption d’eau par l’ozuf ne necessite done pas la presence de l’embryon; elle depend de la sereuse et de la segmentation vitelline. La quantitt d’eau absorb&e

1548

PIERRE GRELLET

est fonction de la masse du systeme vitellus-endoplasme disponible. La presence de l’embryon n’a d’influence que sur la rapidite de l’absorption. Les deux parties de l’ceuf Ctant capables d’absorber de l’eau separement leurs enveloppes sont done permeables. voriotions du diomittr:, (ie I’oeuf

PARTIE

POSTERIEURE

niveau de ure

50:%t

dbmloppement compiet arrit post onatrepsis

I

25: %-

pclrtio

2

3

4

5

jours

b 30°C

FIG. 12. Absorption

d’eau estimCe par la variation du diamktre de la partie posttrieure de l’euf, en fonction de la durCe d’incubation h 30°C.

L’absorption, avec ou sans embryon, est toujours plus importante pour la partie de l’muf qui contient le pole posterieur (Fig. 10). Des experiences de destruction dune zone de l’muf par brulure au thermocautere ou section, ainsi que le vernissage des zones du chorion (GRELLET, 1969~) conduisent a des resultats analogues: la totalite de la surface de l’enveloppe de l’aeuf est permeable et cette perm&abilitC n’est pas limit&e a une zone precise comme dans le cas des acridiens. Comme dans le chapitre precedent, l’absorption d’eau parait intimement IiCe a la structure du vitellus. Voies de p&&ration de I’eau

Lorsque des ceufs pondus et incubes dans l’huile sont mis au contact de l’eau, on peut suivre leur hydratation en observant a la loupe la progression de l’aspect blanchatre que prend le vitellus (Fig. 13). C’est d’abord le pole posterieur qui s’hydrate, puis ensuite le pole anterieur. Les deux zones d’hydratation progressent alors l’une vers l’autre, Leur partie axiale progresse plus rapidement. Elle correspond a la colonette de vitellus finement granuleux observable dans l’oeuf a la ponte. A partir de celle-ci, l’eau progresse vers la surface. Puis la partie superficielle du vitellus s’hydrate soit par penetration de l’eau au travers de l’enveloppe, soit par arrivee d’eau en provenance des poles.

L’ABSORPTION

Ce type son skjour contient un au contact

D’EAU

DE SCAPSIPEDUS

DANS L’(EUF

1549

MARGINATUS

d’hydratation correspond Al’absorption d’eau d’un ceuf qui, au cow-s de dans l’huile, a rCalisC la segmentation compkte du vitellus et qui embryon au stade post-anatrepsis. Ce n’est pas le cas si l’aeuf est mis de l’eau db la ponte. Ces observations confirment cependant les 32h

4Bh

3Bh

60h

5 DISTRIBUTION

DE

L’EAU

DAN5

6

L’OEUF

FIG. 13. Schema de la distribution de I’eau dans l’ceuf au tours de la phase d’absorption. rksultats antkrieurs

dkfinissant l’ordre suivant lequel apparaissent les rkractions de la &reuse et du vitellus quand l’ceuf est place dans une solution hypertonique de NaCl, et concordent avec la permCabilitC difkentielle des diff&entes parties de l’enveloppe Ctablie par toutes les expkiences. DISCUSSION

Le dkveloppement des ceufs de S. marginatus n’a lieu qu’en prksence d’eau. En l’absence d’eau, I’embryogCnkse commence et s’arrete aprb la phase anatrepsis de la blastocinbe. Ce fait a CtCobservh par SALT (1949) et par BROWNING(1965) chez Teleogryllus commodus, ansi que par SHULOV(1952) chez Schistocerca gregaria, et par MORIARTY(1969) chez Chorthippus brunneus. Dans tous les cas oti l’ceuf n’est pas en contact avec l’eau au dCbut du dCveloppement, ou un temps trop court bien distinct du minimum, l’embryogCn&se s’arr&te toujours au m&me stade post-anatrepsis, phase intermkdiaire de la blastocinbe d&rite par WHEELER(1893) sous le nom de ‘diapause’. La reprise du dkveloppement ayant lieu en prksence d’eau, on rCv&le exptrimentalement chez cette esp&ce l’aptitude A un arr& de dkveloppement comparable ?I celui qui existe normalement chez certains acridiens et gryllides (diapause embryonnaire), et qui se produit dans la plupart des cas & ce m&me stade. Ces rksultats suggbrent que les mkcanismes rkglant l’absorption de l’eau jouent dans la nature un Ale dans le dkterminisme de la diapause embryonnaire. Pour se dkvelopper l’ceuf doit avoir absorb6 0,26 mg d’eau soit 61,9 pour cent de la quantitk normale, ce qui correspond A la proportion trouvke par SHULOV(1952) chez S. gregaria (60 pour cent).

1550

PIERREGRELLET

L’muf non developpe n’absorbe pas d’eau (aeuf non feconde, mais aussi aeuf vierge et ovocyte) jusqu’au moment oti il degenere. Une certaine organisation de l’aeuf est done necessaire A l’absorption (GRELLET, 1969a, b). La presence de la s&reuse et de la segmentation vitelline est indispensable. Si l’on compare les don&es des experiences d’incubation dans l’huile avec les changements de structure intervenant dans l’oeuf, un fait ressort immediatement : l’absorption suit exactement l’evolution du vitellus. Elle commence lorsque commence la segmentation vitelline. Celle-ci n’est pas realisee d’emblee, elle debute au pole posdrieur, a proximite de l’ecusson embryonnaire et gagne progressivement la region du pole anterieur. De m&me l’absorption d’eau debute lentement et n’atteint sa phase la plus importante que lorsque tout le vitellus est segment& Ces deux phenomenes peuvent &re mis en rapport. On comprend alors pourquoi, lorsque l’aeuf n’est mis au contact de l’eau que 3 jours ou plus aprts la ponte, l’absorption demarre immediatement et avec une vitesse superieure Q celle qu’elle a dans les aeufs temoins : la segmentation vitelline est realike. Le developpement des ceufs incubes en l’absence d’eau peut reprendre si l’eau est fournie avant le 26e jour. Cette reprise du developpement a CtCconstatee chez les acridiens (SALT, 1949; SHULOV, 1952). La limite de 25 jours que presente le pouvoir d’absorption co’incide avec l’apparition de profonds changements dans le vitellus. La pression osmotique mesuree dans l’muf de S. marginatus (GRELLET, 1966) est de 330 m-osmoles, soit 7,4 atmospheres 8 0°C. L’aeuf est cependant capable d’absorber de l’eau jusqu’a 1100 m-osmoles dans une solution de NaCl et jusqu’a 800 dans une solution de glucose ou de saccharose. Des resultats comparables ont CtC obtenus par LAUGHLIN(1957) chez Phyllopertha horticola. Ceci montre qu’on ne peut pas determiner la pression osmotique de l’aeuf par la recherche de la concentration du milieu oh s’annule l’absorption d’eau. L’aeuf absorbe de l’eau dans un milieu hypertonique et ce fait nous empkhe a priori de considerer l’absorption comme un simple phenomene osmotique. L’allure particuliere de la reabsorption dans les aeufs deshydrates au-dessous dun certain seuil (GRELLET, 196913, 1971) nous conduit aussi ?I cette idee. Jusqu’au seuil, le mecanisme d’absorption fonctionne de la m&me faGcon que chez les temoins, passe ce seuil, il ressemble a un mecanisme purement osmotique. L’absorption peut done &tre consideree comme un processus biologique lie a la presence de la &reuse et de la segmentation vitelline. Ceci permet alors de comprendre pourquoi il est sensible non seulement a la temperature d’incubation, mais aussi ?I l’anaerobiose (BROWNING, 1965). S’il s’agissait d’un simple phenomene osmotique, il ne serait pas sensible a l’anoxie. Les membranes de l’muf &ant en permanence permeables (GRELLET, 1969b, 1971), la seule intervention de l’osmose ne permet pas d’expliquer pourquoi l’eau n’est pas absorb&e durant les premieres 36 h d’incubation. Sachant que les membranes sont permeables, que le vitellus a une certaine pression osmotique, que l’embryon n’intervient pas de faqon sensible et que la &reuse et la segmentation vitelline sont indispensables, on peut expliquer

L’ABSORPTION

D’EAU

DANS L’CEUF DE SCAPSIPEDUS

MARGINATUS

1551

l’absorption d’eau en estimant que la pression osmotique du vitellus n’intervient que progressivement au tours du developpement creant une entree d’eau sous le contr6le de la .&reuse. Dans l’aeuf a la ponte, le vitellus remplit tout l’ovocyte ne laissant aucune zone 11 se trouve immCdiatement au contact des de cytoplasme libre a la peripherie. enveloppes permeables, probablement sous une forme telle qu’il n’exerce aucune pression osmotique. Lorsque les noyaux de segmentation atteignent la peripherie de l’ceuf, ils sont entoures de tres peu de cytoplasme. II en est de m&me pour les cellules blastodermiques qui en derivent. La p0 de ces cellules doit &tre faible, peu de vitellus ayant CtC utilise. Sous le contrble de ces cellules, un peu d’eau peut Ctre absorbee a ce stade, ce qui correspond a la leg&e augmentation de diambtre de l’muf observee (GRELLET,1971). Lorsque la segmentation vitelline est rtalisee, la structure du systeme vitellin est completement modifiee: il comporte un ensemble de polyedres en&es dans une trame cytoplasmique. Le cy-toplasme est apparu a la suite de la digestion du vitellus et doit done hre riche en petits metabolites qui peuvent alors exercer une pression osmotique reelle. Le reseau cytoplasmique constitue la voie de penetration de l’eau, son reseau de distribution au sein de la masse vitelline. Le transit de l’eau s’effectue toujours au travers de la &reuse qui peut done le contrbler en permanence et n’agit sans doute pas comme une simple assise permeable. Les ceufs prives d’eau plus de 25 jours doivent presenter des alterations de la &reuse et des vitellophages, c’est-a-dire de toutes les cellules constituant le reseau de distribution de l’eau. 11sabsorbent alors de l’eau, comme l’ovocyte ou l’ceuf non feconde, aprbs un certain temps, c’est-a-dire comme des cellules chargees de reserves, mais mortes et enfermees dans une enveloppe permeable. Le m&me phenomene se produit aprb perte d’eau au-dela dune certaine limite. La resistance a la deshydratation et l’absorption dans les solutions hypertoniques peuvent &tre dues aux cellules blastodermiques, puis strosales, capables de controler les mouvements d’eau. I1 n’est pas impossible qu’en milieu hypertonique elles puissent accroitre leur p0 interne et assurer un transit d’eau vers l’indrieur. La penetration de l’eau dans l’ceuf peut done &tre conditionnte par la seule presence de la &reuse et par la segmentation vitelline qui, lib&ant progressivement de petites molecules, rend reelle la p0 du vitellus. L’absorption legerement superieure en presence de l’embryon peut &tre mise en rapport avec 1’acctlCration de la vitellolyse qu’il provoque. L’arr&t de I’absorption d’eau aprb 4 jours d’incubation peut Ctre du a deux causes pouvant jouer simultanement : d’une part la concentration en mkabolites du cytoplasme des cellules vitellines, serosales et embryonnaires, d’autre part, la presence de l’endocuticule serosale limitant les possibilites de dilatation de l’enveloppe de l’ceuf. La degradation du vitellus peut dependre de l’eau presente. Si la quantite d’eau absorbee est insuffisante, la concentration en metabolites n’est sans doute pas

1552

PIERRE

GRRLLET

augment6e au-de18 d’un certain niveau et l’utilisation du vitellus se ralentit. C’est ce qui expliquerait le blocage du dCveloppement des ozufs ayant absorb6 moins de 0,22 mg d’eau. Mais inversement, l’entrie d’eau dans les cellules doit dCpendre de leur concentration en mktabolites. Lorsque cette concentration augmente, la cellule doit absorber de l’eau et maintenir un certain Cquilibre de sa p0. Si 1’arrivCe de mitabolites diminue, la cellule doit diminuer l’entrke d’eau. Les deux phknomknes sont certainement 1iCs. La cuticule skrosale externe est dCposCe avant le dCbut de l’absorption. L’endocuticule sCrosale, par contre, n’apparait qu’aprks le d&but de I’absorption (GRELLET, extensible

1971)

et n’est

doit arr&ter l’absorption: l’euf.

L’endocuticule

faisant

entrer

l’eau

Cltments

hydra&

deuxikme

mkanisme

l’absorption

compkte

qu’8 la fin de celle-ci.

et doit se dilater g mesure

que le volume

elle est t&s skrosale

s’annule

Cpaisse, rksistante

formant lorsque

une

coque

la pression

de l’aeuf est CquilibrCe

La premikre

de l’aeuf augmente. et limite

rigide, osmotique

par la tension

la dilatation

la force

de

de suction

de l’ensemble

des

de cette membrane.

Ce

ne peut pas &tre le seul en cause, car, comme

n’est pas un phCnom&ne

assise est La seconde

nous l’avons vu,

passif.

CONCLUSIONS L’absorption d’eau dans I’ceuf de S. marginatus peut &tre expliqke par un ensemble de phknomknes comportant: (1) la permCabilitC permanente des enveloppes ; (2) un mkanisme osmotique mettant en jeu les mktabolismes solubles lib&& par la vitellolyse ; (3) la segmentation vitelline formant la voie de distribution de l’eau ; (4) le rBle actif de la &reuse ; et (5) les propri&tts mkaniques de l’endocuticule sCrosale. Les autres mouvements d’eau dans l’aeuf, perte accompagnant la phase catatrepsis, puis regain de l’eau perdue, peuvent Cgalement &re interp&ds comme des phCnom&nes osmotiques sous le contAle des cellules skrosales et embryonnaires et feront l’objet d’une autre publication. R&sum&-En l’absence d’eau, le dkveloppement complet de l’oeuf de S. marginatus est impossible, mais la premikre partie s’accomplit normalement. L’embryogCnke s’arr&te aprks I’anatrepsis, g un stade oh se produit I’arr& de dCveIoppement chez de nombreuses espkces d’insectes B diapause embryonnaire. Au moins 0,26 mg d’eau doivent &tre absorb& pour permettre le dkveloppement complet d’un certain nombre d’ceufs (10 pour cent). L’eau peut &tre fournie B l’czuf jusqu’au 25e jour d’incubation, en une ou plusieurs fois. Le pouvoir d’absorption de l’ceuf dCpend de la prksence de la s&reuse et de la segmentation du vitellus; il demeure intact tant que ces structures ne sont pas ah&es. La presence de l’embryon n’est pas indispensable. L’oeuf peut se developper dans une solution hypertonique de NaCl, de glucose ou de saccharose, jusqu’Q une concentration bien supkrieure A la pression osmotique mesurke de l’oxlf. L’absorption n’est pas 1imitCeAune zone particuli&e de l’rxuf, la region du p6le postkrieur est plus permeable. L’absorption d’eau apparait comme un mCcanisme osmotique sous le contrale de la &reuse, conditionn6 par la segmentation vitelline, la vitellolyse et les propriMs mkcaniques de l’endocuticule strosale.

L’ABSORPTION D’EAU DANS L’(ZUF DE SCAPSIPEDUS

MARGINATUS

1553

BIBLIOGRAPHIE BROWNINGT. 0. (1965) Observations on the absorption of water, diapause and embryogenesis in the egg of the cricket Teleogryllus cornmodus (Walker). J. exp. Biol. 43, 433-439. BROWNINGT. 0. (1967) Water and the eggs of insects. In Insects and Physiology (Ed. by BEAMENT J. W. L. and TREHERNE J. E.), pp. 315-328. Oliver & Boyd, Edinburgh. GRELLETP. (1966) Teneur en eau, pression osmotique et pH de l’muf de Scupsipedus marginatus Afz. et Br. (Orthopdre, Gryllide). Application ala culture in vitro d’embryons. C. R. Acad. Sci., Paris 262, 1568-1571. GRELLETP. (1969a) ModalitCs de l’absorption d’eau par l’czuf de Scapsspedus marginatus Afz. et Br. (Orthoptere, Gryllide). C. R. Acad. Sci., Paris 269, 2011-2013. GRELLETP. (1969b) PermCabilitCs des enveloppes de l’muf de Scapsspedus marginatus (Orthopdre, Gryllide). C. R. Acad. Sci., Paris 269, 2236-2239. GRELLETP. (1969~) Etude experimentale de l’absorption d’eau par l’muf de Scupsipedus marginatus Afz. et Br. (Orthopdre, Gryllide). C. R. Acad. Sci., Paris 269, 2417-2420. GRELLETP. (1971) Structure et perrneabilite des enveloppes de l’ceuf de Scapsipedus marginatus (Orthopdre, Gryllide). J. Insect Physiol. 12751293. LAUGHLINR. (1957) Absorption of water by the egg of the garden chafer, Phyllopertha horticola L. J. exp. Biol. 34, 226-236. MCFARLANEJ. E. and KENNARDC. P. (1960) Further observations on water absorption by the eggs of Acheta domesticus (L.). Can. J. 2001. 38, 77-85. MORIARTY F. (1969) Water uptake and embryonic development in eggs of Chorthippus brunneus Thunberg (Saltatotia: Acrididae). J. exp. Biol. 50, 327-333. SALT R. W. (1949) Water uptake in eggs of Melunoplus biwittutus (Say). Can.J. Res. (D) 27, 236-242. SHULOVA. (1952) The development of eggs of Schistocerca greguriu (Forskal) in relation to water. Bull. ent. Res. 43, 469-476. SLIFERE. F. (1938) The fine structure of the membranes which cover the egg of the grasshopper, Melanoplus differentialis, with special reference to the hydropyle. Quart. J. micr. Sci. 104, 321-334. WHEELERW. M. (1893) A contribution to insect embryology. J. Morph. 8, I-160. WIGGLESWORTH V. B. (1965) The Principles of Insect Physiology, 6th ed. Methuen, London.